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Sonic R : le jeu de course à pied le plus apprécié et le plus controversé de la Saturn

Sorti en 1997, Sonic R a troqué les karts pour une course à pied sur Saturn. À la fois imparfait et attachant, il est devenu un jeu culte grâce à la bande originale de Richard Jacques et à la creepypasta de Tails Doll.

Nilton Rocha·17 juillet 2026·Sega
Sonic R : le jeu de course à pied le plus apprécié et le plus controversé de la Saturn

Je vais vous avouer quelque chose : j'adore Sonic R. Je l'adore d'une manière que je n'arrive même pas à expliquer correctement, parce que, franchement, le jeu est un peu bugué. Et pourtant, chaque fois que j'entends ce « Can you feel the sunshine ? », je me retrouve immédiatement en 1997. Parlons de ce classique bizarre et merveilleux de la Sega Saturn.

Une course de Sonic… à pied ?

Sonic R est sorti sur Saturn en 1997, développé par Traveller's Tales en partenariat avec Sonic Team et édité par Sega. L’idée centrale est à la fois folle et géniale : au lieu de karts, comme dans Sonic Drift, ici les personnages courent de leurs propres jambes. C’est le troisième jeu de course de la franchise et le premier entièrement en 3D.

Le contexte aide à comprendre l’attachement qu’on lui porte. La Saturn était une console puissante, mais qui manquait de jeux mettant en scène la mascotte bleue. Alors que Mario disposait de Super Mario 64 sur Nintendo 64, Sega peinait à proposer un Sonic en 3D de poids sur sa console 32 bits. Sonic R, bien qu’il ne s’agisse « que » d’un jeu de course proposant cinq circuits, a fini par devenir l’un des fleurons de Sonic au cours de cette génération quelque peu mouvementée.

Cinq circuits et un monde à explorer

Il y a exactement cinq circuits, et chacun a sa propre personnalité : Resort Island, la plage paradisiaque qui ouvre le jeu ; Radical City, la métropole aux néons ; Regal Ruin, avec son ambiance de désert et de temple égyptien ; Reactive Factory, l’usine industrielle imposante ; et Radiant Emerald, le circuit final futuriste.

Ce qui est génial, c’est que les circuits ne sont pas des parcours linéaires. Ils sont ouverts, regorgent de chemins alternatifs, de rampes, de raccourcis cachés et de zones secrètes. Des Chaos Emeralds et des Sonic Tokens sont disséminés un peu partout, et les récupérer représente la moitié du plaisir. On ne court pas seulement pour arriver premier ; on court pour découvrir chaque recoin de cet endroit. C’est pratiquement un jeu d’exploration déguisé en course.

Les secrets et la légende de Tails Doll

Parler des secrets dans Sonic R, c’est parler de la galerie de personnages à débloquer. Vous commencez avec Sonic, Tails, Knuckles et Amy Rose, mais le jeu cache toute une bande : Metal Sonic, Egg Robo, Metal Knuckles, le Dr Robotnik lui-même et le tristement célèbre Tails Doll. Pour débloquer ces méchants métalliques, vous devez rassembler les cinq Sonic Tokens d’un circuit, terminer la course parmi les trois premiers, puis battre le personnage lors d’un duel.

Et c’est là qu’intervient la raison pour laquelle beaucoup de gens connaissent Sonic R sans jamais y avoir joué : le Tails Doll. Il s’agit d’une petite peluche de Tails dotée d’une antenne et d’une sphère rouge sur la tête, flottant dans les airs avec un sourire vide et des yeux sans vie. C’est véritablement dérangeant. Dans les années 2000, la Tails Doll est devenue l’une des creepypastas les plus célèbres de la communauté des gamers sur Internet.

La légende urbaine racontait que, si l’on débloquait la Tails Doll, que l’on lançait la chanson « Can You Feel the Sunshine ? » et que l’on récitait une formule rituelle (les versions varient : devant un miroir, avec une deuxième manette branchée, dans le noir…), la créature sortirait de l’écran pour venir vous chercher. « Can you feel the sunshine ? » a cessé d’être un refrain joyeux pour devenir pratiquement un mot de passe de l’horreur. C’est une bêtise, bien sûr. Mais c’est le genre de bêtise qui a assuré au jeu une vie éternelle dans l’imaginaire des geeks.

Des commandes glissantes : le talon d’Achille

Maintenant, soyons honnêtes. Sonic R divise, et la principale raison, c’est les commandes. Les personnages ont une inertie absurde, ils glissent comme du beurre dans une poêle, et freiner ou prendre un virage serré est un véritable calvaire. On apprend à anticiper chaque virage plusieurs mètres à l’avance, un peu comme si on conduisait un camion sans freins. Beaucoup de gens prennent la manette, dévalent la pente tout droit dans un mur et abandonnent le jeu au bout de cinq minutes.

Mais quand on arrive à maîtriser toute cette lourdeur, quelque chose fait tilt. Cette même physique qui ressemblait à un bug se transforme en une véritable danse. Savoir utiliser les rampes, prendre des raccourcis dans l’eau (certains personnages marchent dessus, d’autres coulent) et maintenir la vitesse maximale dans les lignes droites est profondément satisfaisant. C’est un jeu qui met le joueur à rude épreuve pendant la première demi-heure, mais qui récompense ceux qui persévèrent. Le fait que le contenu total soit court aide aussi : il y a peu de circuits, et la rejouabilité vient de la chasse aux secrets et des modes alternatifs, pas d’une longue campagne.

Une 3D qui impressionnait sur la Saturn

Visuellement, Sonic R est une véritable prouesse. La Saturn avait la réputation de donner du fil à retordre aux programmeurs 3D, et pourtant, Traveller's Tales a su proposer des niveaux colorés, regorgeant de reflets sur l'eau, de textures soignées et d'une sensation de vitesse convaincante, le tout avec une fluidité impressionnante. Pour 1997, sur une console qui peinait à afficher des polygones, c'était à couper le souffle. Aujourd'hui encore, le jeu dégage un charme visuel agréable, à mi-chemin entre le jouet et la carte postale.

La bande originale qui divise le monde

Et nous arrivons au cœur de la polémique : la bande originale de Richard Jacques, avec la voix de la chanteuse britannique Teresa Jane Davis (TJ Davis). Oubliez les rythmes électroniques des Sonic classiques. Ici, on a droit à de la pop-eurodance chantée, pleine de refrains accrocheurs et de paroles optimistes : « Super Sonic Racing », « Living in the City », « Diamond in the Sky », « Work It Out » et, bien sûr, la légendaire « Can You Feel the Sunshine ? ».

Il n’y a pas de juste milieu. Soit vous trouvez ça complètement ringard et déplacé pour un jeu de course, soit vous chantez à tue-tête et considérez ça comme l’un des plus grands « guilty pleasures » du jeu vidéo. Je fais partie du second camp, sans aucune honte. Jacques a écrit des paroles conçues pour s’accorder avec l’action à l’écran, et le résultat est aussi daté qu’inoubliable. Ce n’est pas pour rien que « Super Sonic Racing » et « Can You Feel the Sunshine ? » ont été réutilisées dans des jeux ultérieurs mettant en scène le hérisson.

Accueil à l’époque et héritage culte

À sa sortie, la critique est restée partagée. Les notes moyennes avoisinaient les 69 % sur GameRankings pour la version Saturn. Les éloges portaient sur le graphisme et la conception ingénieuse des circuits ; les critiques visaient les commandes imprécises, la difficulté et le manque de contenu. C’était un jeu beau et ambitieux, mais frustrant et trop court pour faire l’unanimité.

Le temps, cependant, s’est montré clément. Sonic R est devenu un classique culte. La creepypasta de Tails Doll l’a immortalisé, la bande originale a pris son envol dans des playlists et des vidéos, et l’idée de la course à pied a semé des graines qui ont ensuite fleuri dans des jeux comme Sonic Riders. Il a cessé d’être « ce Sonic bizarre de course » pour devenir un objet de culte affectueux.

Vaut-il la peine de le (re)découvrir aujourd’hui ?

Oui, mais avec le bon état d’esprit. Ne vous lancez pas en espérant un jeu de course pointu et compétitif ; lancez-vous en vous attendant à une capsule temporelle bizarre, un peu bancale, mais absurdement charmante. Accordez-vous ces quinze minutes de patience pour maîtriser les commandes, laissez-vous emporter par la bande-son et partez à la chasse aux secrets en toute tranquillité. Sonic R est à la fois imparfait et adoré, et c’est peut-être justement pour cela qu’il perdure. Mais ne restez pas trop longtemps à regarder la poupée Tails, d’accord ? On ne sait jamais.